Database journalism : « un renversement de perspective » (itw)

Dans: Base de données| Médias en ligne| Représentation visuelle| Web/Tech

Un post de Jean

4 juil 2009

Copie d'écran - Everyblock.com

En allant boire un café avec Nicolas Kayser-Bril, blogueur sur Window on the media, j’avais un peu d’appréhension (très mesurée quand même !), un brin de scepticisme et pas mal de curiosité.

Appréhension. Le journalisme de base de données (Database Journalism), qui est l’une des spécialités de Nicolas avec le modèle Wikipédia et les médias de l’ex-URSS, était pour moi quasiment terra incognita.

Scepticisme, ensuite. Rien ne m’énerve plus en général que les grands concepts assénés et mal digérés par ceux qui les relaient (il faut faire du journalisme de liens, coco !).

Curiosité, surtout. Déjà parce qu’un blog qui ne parle pas à longueur de note de Twitter, c’est déjà un très bon point :) . Ensuite, parce que Nicolas sait de quoi il cause : il a notamment mis les mains dans le cambouis (et dans le code) pour réaliser une petite application « C’est qui qui paye pour mes infos ». Au passage, Nicolas cherche des investisseurs pour un projet de Database Journalism sur lequel il planche depuis plusieurs mois. Pour le contacter, c’est par ici.

Avant cette interview, j’avoue volontiers que je n’avais pas pigé toute l’étendue des possibilités du Database Journalism. Ca m’a donné envie de creuser un peu plus profond. J’essayerai d’y revenir dans une prochaine note, avec une sélection de liens étoffée.

► Espritblog : Le journalisme de base de données, c’est quoi exactement ?

Nicolas Kayser-Bril : Personne ne sait. (grand blanc) C’est une expression qui revient dans la blogosphère depuis deux ou trois ans sans définition précise. Selon Adrian Holovaty, initiateur du projet EveryBlock, c’est un renversement de perspective totale de ce qu’on appelle aujourd’hui le journalisme. Le modèle actuel, c’est : « tu veux parler d’un sujet donné, donc tu fais ton article ou une série d’articles ». Le Data Journalism change cette perspective en mettant au centre la base de données. Et éventuellement autour de cette base de données, on peut mettre des articles. Cela implique un changement radical du travail du journaliste. Celui-ci n’ira plus sur le terrain pour écrire un article ou un compte-rendu mais pour récupérer ces données.

►Justement, comment ces données brutes peuvent-elles se transformer en informations utiles  ? Des exemples ?

Sur Everyblock, il suffit de taper son code postal et cela te donne toutes les infos que tu veux savoir sur ton quartier, le tout en deux clics : le prix des maisons, etc… MySociety est une association anglaise qui a voulu donner aux citoyens les moyens d’avoir des informations sur leur vie de tous les jours, grâce à l’utilisation des bases de données. Ils ont notamment un projet qui s’appelle FixMyStreet, où l’on peut dire quels sont les travaux de voiries nécessaires dans son quartier. Ils ont aussi plein d’autres projets, sur les hommes politiques, un autre sur la durée des transports en commun… C’est varié, facile d’accès et cela a du sens.

« Faire de l’exploration de données pour sortir des papiers intéressants »

►Mais, concrètement, comment ça se construit une base de données ?

Prenons l’exemple de Rue89 qui a tenu un suivi de la crise sociale via une carte mise à jour. J’imagine qu’à chaque nouveau cas de fermeture d’entreprise, les journalistes de Rue89 mettaient à jour leur carte à la main (NDLR : information vérifiée). Et bien, à mon avis, c’est typiquement le truc où si tu créais une base de données, ça allait tout seul : avec le nom de l’entreprise, le nombre de salariés licenciés, la date des licenciements, le lieu de délocalisation. Tu construis comme cela ta base de données. Et après en faisant un peu d‘exploration de données (Data Mining), tu arrives à sortir des papiers intéressants.

►De quelle manière ?

Un jour que je regardais la base de données des subventions de la Politique Agricole Commune, je me suis rendu compte qu’à Paris, il y a des millions d’euros distribués à ce titre. Le citoyen peut s’interroger : pourquoi Madame Machin, qui habite dans le 16ème , reçoit X euros au titre de la PAC ? Ca mérite de se pencher sur le sujet. En utilisant judicieusement cette base de données, tu peux faire automatiquement des calculs, des ratios. Et tout de suite, tu as les cas les plus saillants qui remontent. C’est intéressant de savoir si tel canton reçoit plus d’argent que tel autre, en fonction de sa superficie agricole moyenne. On peut ainsi se rendre compte s’il y a ou non du clientélisme.

Après, si tu rajoutes au Database Journalism le Network Journalism (l’idée que plusieurs personnes réunies grâce au net travaillent ensemble sur un même sujet, au lieu d’un seul journaliste), si tu laisses aux internautes le pouvoir sur l’information, on arrive à mettre sur pied des trucs hyper intéressants. Sur la PAC, une idée comme ça, pour te montrer les possibilités. On peut imaginer poser la question aux internautes : « Et vous, vous connaissez telle ferme ? Est-ce qu’elle mérite vraiment X euros de subventions ? »

« On a besoin de journalistes, pas de comptables »


►Une objection. Les chiffres qui composent ces bases de données ne sont pas une vérité absolue. Comme les faits, ils sont bien souvent issus d’une construction, au service d’intérêts différents et souvent… intéressés !

C’est évident. C’est pour cela qu’on a besoin de journalistes et pas de comptables pour faire ce boulot. Après, c’est comme pour n’importe quelle source, il faut prendre ses précautions et la vérifier. Mais avoir une culture en maths et en statistiques est important pour manier ce journalisme de bases de données. Des gens qui ont ces compétences auront moins de chance de se faire tromper, ils sauront si les chiffres sont significatifs et quel sens leur donner. Les journalistes d’aujourd’hui se fond bluffer par les chiffres très facilement, par n’importe quelle compagnie pharmaceutique par exemple.

►Pour toi, les compétences que demandera cette forme de journalisme sont différentes ?

A terme, à mon avis, un journaliste va devoir un peu se transformer en chef de projet, pour savoir trouver les données et les mettre en forme. Ca s’inscrit de manière plus générale dans la mutation du travail de journaliste, devant être capable de gérer le design, la programmation, faire du buzz… Aux Etats-Unis, il y a plusieurs masters qui proposent aux programmeurs de venir faire du journalisme, pour créer ce genre de profil.

Mais pour moi, le journaliste reste celui qui va ajouter de la valeur à l’information, avec des données qui sont publiques ou cachées pas très loin, et qui saura les mettre en valeur.

15 Commentaires pour Database journalism : « un renversement de perspective » (itw)

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Webreportage

juillet 4th, 2009 à 10:06

Le Database Journalism expliqué aux nuls (comme moi). Itw de Nicolas Kaiser-Bril sur Espritblog http://bit.ly/158mXB

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narvic

juillet 4th, 2009 à 14:14

[Espritblog.com] Nicolas Kayser-Brill : Database journalism, “on a besoin de journalistes pas de comptables” http://bit.ly/kCNxc

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palpitt

juillet 4th, 2009 à 17:37

Database journalism : “un renversement de perspective” (itw de Nicolas Kayser-Bril) http://bit.ly/kCNxc (via @narvic)

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analienfeed_

juillet 5th, 2009 à 13:01

[from palpitt] Database journalism : “un renversement de perspective”: Selon Adrian Holovaty, initiate.. http://tinyurl.com/mkoh74

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palpitt

juillet 5th, 2009 à 13:05

A lire : Database journalism : “un renversement de perspective” http://tinyurl.com/mkoh74

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mikiane

juillet 5th, 2009 à 15:12

A lire Database journalism : « un renversement de perspective » ( http://bit.ly/zFD04 )

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pascal Menigoz

juillet 5th, 2009 à 17:37

Il me semble que le doc de Maire-Monique Robin sur Monsanto peut illustrer le concept. Elle a réalisé son enquête quasiment uniquement dans les bases de données US (plus ouvertes que les nôtres). Ensuite, elle est effectivement allée sur le terrain récupérer les infos sous formes d’itw et d’images pour mettre en forme son enquête. Donc une séquence recherche d’infos + « synopsis » + tournage…

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juliendorra

juillet 5th, 2009 à 17:47

Le journalisme de données, moi j’aime RT @mikiane Database journalism, un renversement de perspective http://bit.ly/zFD04

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juliendorra

juillet 5th, 2009 à 17:50

“Les journalistes aujourd’hui se fond bluffer par les chiffres, par n’importe quelle compagnie pharmaceutique par ex.” http://bit.ly/19WbjM

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Jean

juillet 5th, 2009 à 19:33

@Pascal

merci de votre commentaire.

Mme Robin raconte en effet très bien comment elle a été surprise de trouver du internet quasiment 90 % des informations de son enquête.

D’ailleurs, en interviewant Nicolas pour cette note, je lui faisais la remarque en plaisantant : « Maitriser ces bases de données, c’est avoir une machine à scoop a sa disposition » :-)

Mais je crois qu’il y a du vrai. Datajournalism ou pas, ces bases de données seront une mine d’or pour les journalistes qui sauront les faire « parler » !

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atelierpqr

juillet 6th, 2009 à 8:47

Merci Mikiane : A lire Database journalism : « un renversement de perspective http://bit.ly/EiSp8

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Eric Mettout

juillet 6th, 2009 à 16:12

Excellent exemple de journalisme de base de données, le travail du Guardian avec ses internautes, à qui il a demandé de défricher les 92 000 docs qu’il avait en sa possession sur les notes de frais des députés britanniques. Comme le dit NKB (décidément, les NK ont un truc avec les médias numériques…), avec une dose de participatif en plus. On bosse beaucoup là-dessus à L’Express. Qui peut faire ça? Des documentalistes, aussi.

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Iritsen

juillet 6th, 2009 à 16:20

Database journalism : « un renversement de perspective » (itw) – http://shar.es/GMyG

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Jean

juillet 6th, 2009 à 16:41

@Eric Mettout

Effectivement, exemple très pertinent, qui fera sans doute jurisprudence. D’ailleurs, Nicolas citait cet exemple lors de notre rencontre.

(mode curieux) Quand vous dites que vous bossez dessus, c’est déjà en ligne, ou c’est en projet.. Car je n’ai encore rien vu sur l’Express.fr qui ressemble encore à cela, ou alors j’ai raté quelque chose !

D’une manière plus générale, à mon avis, la question la plus compliquée à gérer pour un tel projet est moins d’initier que d’organiser ce travail collectif…

Il faut pouvoir s’appuyer sur une communauté d’internautes à mon avis fédérée a minima ! Et sur ces journalistes qui savent « lâcher » la bride…

Je ne me suis pas penché sur la question, mais il serait intéressant de savoir comment le Guardian a organisé, au sein de sa rédaction et dans le détail, ce défrichage des documents…

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Fabrice

juillet 6th, 2009 à 17:11

En terme de visualisation des données, il y a des idées à prendre du côté du Visualization Lab (NYT) dont nous avons déjà parlé sur ce blog : http://vizlab.nytimes.com/

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