Quand un reporter multimédia ouvre sa boîte à outils… (interview)

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Un post de Jean

7 mai 2009
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Copie d'écran – Reportage d'Antonin Sabot et Medhi Chebana pour Ligne4.fr

 

ll y a des interviews qui vous font cogiter sur les enjeux et les mutations sur votre métier. D’autres – stimulantes – vous donne des fourmis dans les jambes. C’est dans la deuxième catégorie que se classe celle que vous allez lire. Antonin Sabot est journaliste multimédia. Blogueur sur Reportage et Photo, il a mis les mains dans le cambouis du multimédia en réalisant plusieurs sujets remarqués : pour n’en citer que deux, un reportage sur les réfugiés en Moldavie et une chronique américaine intitulée In the mood for election. Antonin a également pris la suite du blog-reportage du monde.fr sur la crise, Engrenages (dont nous avions parlé ici).

Pour Espritblog, ce passionné de photo vide son sac. Quel matériel emporte-t-il ? Comment travaille-t-il sur le terrain ? Comment se passe le boulot d’édition ? Enfin, sans langue de bois (c’est le moins qu’on puisse dire !) Antonin pose un regard critique sur le paysage multimédia français. Stimulant, on vous aura prévenus…

 

► Un petit mot de présentation sur ton parcours ?

J’ai fini mes études – Science-Po à Lyon puis le CFJ à Paris en juin 2008. Mais j’avais déjà pas mal bossé auparavant dans des rédactions ou sur des reportages personnels en Afrique ou en Amérique du Sud. Et surtout je faisais beaucoup de photos dans le but de devenir reporter et d’être assez autonome pour fournir à la fois texte et images. Ensuite, j’ai passé six mois à parismatch.com et je suis désormais pigiste pour lemonde.fr et l’agence de production web Ligne4. Même si je suis jeune – 26 ans -, je ne suis pas du tout un « digital native » : avant d’arriver au CFJ je ne savais pas ce qu’était un flux RSS. Mais j’ai très vite fait un blog où j’ai d’abord mis mes photos d’anciens reportages ou des sujets d’école. Puis, lors d’un reportage en Egypte avec le CFJ, le prof de photo, Cédric Gerbehaye m’a montré Mediastorm. Gros choc ! J’adore la photo et la radio, j’aime aussi écrire, et voilà le moyen de mélanger tout ça. Je me suis tout de suite dit que j’allais faire ça désormais.


► Récemment, tu as suivi pour lemonde.fr le mouvement social chez les Contis, les manifestations de travailleurs sans-papiers et le blocage des pêcheurs… Quand tu es sur un évènement d’actualité, comment ça se passe ?

Comme pour n’importe quel reporter j’imagine. Je me faufile, j’écoute, je regarde dans tous les sens, j’essaie de rester avec les gens. Et quand je le sens, je commence à faire quelques photos, à leur demander de m’expliquer ce qu’il se passe au micro… C’est ça la seule différence avec le reporter classique pour la presse écrite : il y a un moment où je m’expose un peu plus que celui qui peut juste noter sur son calepin (voire ne pas noter tout de suite s’il sent que ça gène) : je m’expose donc un peu plus car il y a un dispositif technique qui montre ce que je fais. Mais ça oblige à davantage se faire accepter si on veut des choses « vraies ». C’est assez stimulant.


► Quel type de matériel emportes-tu pour la photo et la prise de son ?

Mon média de prédilection est la photographie. C’est donc là que je me charge le plus. J’ai un reflex Canon 5D MKII, vraiment le top en ce moment. Il peut en plus faire de la vidéo, donc ça peut dépanner. J’aime travailler en étant proche des gens, donc j’utilise beaucoup un zoom grand-angle 17-40 Canon. Enfin, si je peux me charger, j’ajoute un 50 mm et un téléobjectif 70-200. Pour le son, j’utilise un Edirol R-09. Simple, léger et efficace. Quant à la vidéo, pour moi, c’est seulement un plus ; il est d’ailleurs assez rare que j’en fasse. Mais j’ai toujours mon téléphone Nokia N-95 qui peut dépanner. Sinon, j’emmène un caméscope Canon 1er prix ou un caméscope de poche Flip vidéo. Si la rédaction pour laquelle je travaille veut un vrai sujet vidéo, alors je prends une caméra, genre Z1 ou PD 150… mais alors je laisse l’appareil photo à la maison.


« Le low-cost, ce n’est pas la faute du multimédia, mais de certaines rédactions »


►Quel type de média (son, photo, vidéo) est de part ton expérience le plus difficile à gérer ? On dit souvent que c’est la prise de son…

L’alliance photo + son me paraît assez naturelle. Je trouve que la distance nécessaire à ces deux médias est assez similaire : on est proche, contrairement à la vidéo qui peut fonctionner de plus loin, avec une sorte d’écran entre nous et le sujet. Il est du coup assez facile de faire les deux dans une optique de reportage. En revanche, je trouve que le plus dur à manier est clairement la vidéo. Autant pour des aspects techniques que pour la manière d’appréhender le sujet. Même si je trouve que sur internet, on a le droit à quelques approximations si le sujet tient la route par ailleurs.  C’est un média qui est déjà très complet et qui tolère mal qu’on fasse autre chose en même temps. Ou bien il faut être deux, mais alors c’est une autre histoire.


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Copie d'écran – Blog ENGRENAGES du monde.fr

 

►Avec le recul, est-il arrivé des cas où tu t’es planté : incapacité à ramener un bon sujet, pas assez de photos, son médiocre…

Tout d’abord sur place, j’ai quasiment toujours l’impression de me planter. Mais j’essaie de me fixer un minimum nécessaire au niveau de la matière à ramener, en nombre de photos et en différents témoignages… Ca ne veut pas dire que ça sera le sujet du siècle mais au moins ça fait qu’on pourra le monter et en faire quelque chose de regardable. Du coup, je n’ai pas souvenir de sujets complètement loupés. Tout au plus, certains où on sait que l’on est un poil court au niveau de la diversité des images. Cela arrive souvent car quand on fait un diaporama sonore, ce ne sont pas quatre ou cinq bonnes images qu’il faut comme pour un photographe, mais une vingtaine. Forcément parfois ça n’est pas possible. Par exemple pour le blog Engrenages du monde.fr sur les marins-pêcheurs de Boulogne, je n’aurais jamais eu assez de matière photo pour faire un diaporama cohérent. Mais on a la chance de pouvoir en partie varier la forme en fonction du sujet et de la matière qu’on ramène, du coup ça a été traité sous forme de billets de blog où il y a besoin de moins de photos. Après, il ne faut pas se leurrer non plus, il y a des sujets ou des angles qui ne sont pas franchement faisables dans une approche multimédia. Dans ces cas là, rien ne vaut un bon papier.


►Comment arrives-tu à gérer toutes les contraintes techniques ? Les critiques faites au journaliste multimédia, c’est souvent celle de l’homme-orchestre un peu « low-cost », qui fait tout mais rien de vraiment bien. Quel est ton avis là-dessus ?

Le low-cost, ce n’est pas la faute du multimédia, c’est la faute de certaines rédactions qui ne croient même plus en ce qu’elles font et qui ne croient plus en la valeur ajoutée de l’information. Pour elles, le multimédia est devenu une excuse de donner tout à faire à un seul journaliste. Mais quand se présente quelqu’un qui a vraiment envie de développer un nouveau traitement de l’info (car c’est ça en réalité le multimédia), elles ne savent pas quoi en faire. C’est du multimédia par le bas. Maintenant, c’est sûr que c’est plus difficile quand il faut à la fois faire du son, des photos et quand même prendre des notes parce qu’on va peut-être enrober tout ça dans un article.

Pour les pêcheurs de Boulogne-sur-Mer, j’ai dû à la fois faire des articles pour Le Monde papier et des billets de blogs pour lemonde.fr. Franchement, je n’aurais pas pu faire les articles pour le papier si lemonde.fr m’avait demandé de vrais montages multimédia type diaporama ou vidéo. Mais la forme du blog est plus libre, avec des sons moins montés où on peut laisser vivre les hésitations des gens. Cela gagne du temps. L’écriture est aussi moins formelle, plus personnelle, donc plus facile. Et puis c’est un sacré plaisir de couvrir des sujets de cette manière.

L’idée de dire qu’on ne fait rien de vraiment bien part du mauvais côté du multimédia : celui qui va devoir suivre les formes imposées de médias différents : à la fois un article papier, plus un « enrobé » radio plus un direct télé. Forcément qu’il va bâcler certaines choses. Sur le mouvement des Contis par exemple, durant la journée à l’usine, la journaliste de BFM est obligée de rester dans sa couverture en direct, assez superficielle dans un sens. Moi, de mon côté, je peux quand même passer du temps avec les gens, m’incruster à la réunion syndicale,… Je fais donc un sujet multimédia pour un seul média, et pas plusieurs sujets « mono-média » pour plusieurs médias.


« Environ 1 heure de travail pour 1 minute de diaporama »


►Concrètement, sur le terrain, comme fonctionnes-tu ? Est-ce que tu photographies et tu enregistres le plus de témoignages sonores possibles, ou au contraire, tu te donnes un fil rouge, un angle avant de partir, histoire de ne pas te disperser ?

Comme je disais précédemment, je me fixe un minimum de matière à ramener, en fonction d’un angle un peu général que j’ai pu choisir avant d’arriver. En cours de reportage, je m’adapte comme le ferait n’importe quel reporter, et si je vois qu’il y a matière à autre chose, à un nouvel angle ou à un traitement différent, j’y vais. Du coup, on est un peu toujours en train de calculer ce qu’on a déjà et ce qu’on pourra en faire. Par exemple, je compte dans ma tête les différentes photos que j’ai prise et que je pourrai exploiter après. Mais je ne multiplie pas les prises de vues pour rien si j’ai l’impression d’avoir le compte… il y a des tas d’autres choses à faire, ne serait-ce que continuer à interroger les gens.


►Tu as également, de ta propre initiative, réalisés des sujets multimédias plus « magazines », davantage au long cours. La logique est-elle différente ?

Un peu. Le fait d’avoir plus de temps est tout de même beaucoup plus confortable. Mais le principe de base de construction reste le même (compter les images, se fixer un plan qui peut ensuite évoluer en fonction des événements…). Ce qui me plaît dans ces reportages c’est que je peux faire ce que je veux, sans pression sur la productivité. J’aime bien prendre mon temps malgré tout, rester avec les gens, discuter… Ce qui change aussi, c’est que ces reportages là me coûtent de l’argent. Mais je ne m’en plains pas, car ils m’ont ensuite aidé pour trouver du travail.


►Une fois le matériau informatif (son, photo, vidéo…) récolté, comment se passe la construction de ton sujet. En gros, un diaporama comme tu les fais pour lemonde.fr (entre 2 et 3 mn) te demande combien de temps devant ton ordinateur ?

Si j’ai bien compté mes éléments, c’est assez facile. Je dérushe rapidement les sons en téléchargeant les photos. Je choisis les photos, les retouche un peu s’il y a lieu avec Photoshop, monte les sons qui m’intéressent (avec le logiciel Audacity). Lemonde.fr a son propre outil pour les diaporamas sonores, sinon j’utilise Soundslides, à la fois très réussi et très simple. Concernant le temps de réalisation, c’est variable bien sûr. Je dirais une heure par minute, soit au moins trois heures quand tout va bien, jusqu’à cinq. Cela peut encore plus monter si je veux retoucher un peu les photos. J’aime bien écrire un papier autour du diaporama (ce qu’on ne fait pas au Monde) et donc à cela s’ajoute encore le temps de l’écriture du papier.


« Le modèle français ? Une armée de bâtonneurs de dépêches »


►Sur ton blog, tu évoques souvent les bonnes idées de journalisme multimédia, principalement aux Etats-Unis. Justement, quel regard portes-tu sur la production multimédia des médias français ?

C’est un grand désert avec quelques oasis. Pour le moment, le modèle français du site média, c’est le celui du Figaro.fr avec des armées de bâtonneurs de dépêches ; ou Marianne2.fr qui pique des photos sur FlickR. Cela ne fonctionne que grâce à la « vente forcée » par Google News. Pour paraphraser Coluche, je dirais aux lecteurs « vous n’êtes pas très raisonnables » d’aller voir ça non plus ! Il faut quand même savoir qu’un site comme ParisMatch.com fonctionne avec un rédacteur en chef présent presque 7 jours sur 7 et deux moitiés de pigistes qui ne font que de la synthèse de dépêches et reprennent les brèves écrites par d’autres. On est loin du mythe du grand-reporter qu’entretenait auparavant ce magazine, et ça n’offre à moyen terme que peu de perspectives multimédia. Là c’est du vrai low-cost.

Après, il y a les oasis : Rue89 qui imagine leurs articles en multimédia, Bakchich (un peu) avec son projet BakchichTV et lemonde.fr (même si je ne peux pas être objectif). Il y a quelques boîtes qui commencent à développer des web-documentaires, coûteux ou pas, réussis ou pas. Mais ce n’est pas avec ce genre de formats que j’attends une révolution, ne serait-ce qu’à cause du temps de production. De mon point de vue de journaliste, et donc intéressé par le news, on sera vraiment passé au multimédia quand les sites d’info auront une véritable offre de productions innovantes. Quand Match ou Libé enverront un grand reporter à l’étranger faire des articles et des diaporamas sonores en Afghanistan, là ça sera le pied !


►Rêvons un peu alors… Une rédaction t’offre 10 000 euros pour faire un gros sujet multimédia ! Que fais-tu ?

Je partirai sur n’importe quel sujet de news à l’étranger qui en vaudrait le coup pour appliquer un suivi multimédia de l’info chaude. Sinon, je descends le tronçon du Transsibérien qui va vers Oulan-Bator. En déclinant les sujets avec des témoignages des voyageurs (qui changent en fonction de l’endroit de la ligne, tantôt des marchands, tantôt des personnes allant voir leurs proches …), des images du voyage en fil rouge, et des sujets dans les villes traversées tantôt en diapo sonore, tantôt vidéo ou son. Et un blog en même temps !

 


8 Commentaires pour Quand un reporter multimédia ouvre sa boîte à outils… (interview)

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analienfeed_

mai 7th, 2009 à 10:54

[from bailly] Quand un reporter multimédia ouvre sa boîte à outils… (interview) | :: Espritblog ::: Un ancien ét.. http://tinyurl.com/d6rbjj

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novovision

mai 7th, 2009 à 10:57

Le multimédia est une vraie chance de renouveler le journalisme, qui n’est pas saisie par la plupart des rédactions… http://bit.ly/oD62l

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PierreTran

mai 7th, 2009 à 11:18

Quand un reporter multimédia ouvre sa boîte à outils (interview) | :: Espritblog :: http://bit.ly/6ETcW

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gilles_bruno

mai 7th, 2009 à 11:30

c’est bien d’ouvrir sa boîte à outils. Antonin Sabot, reporter multimedia, le fait : http://tinyurl.com/d6rbjj

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endirectdesiles

mai 7th, 2009 à 11:53

Quand un reporter multimédia ouvre sa boîte à outils… http://twurl.nl/5oxz6h (via aaaliens.com)

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Florianne

mai 8th, 2009 à 11:02

Stimulant, c’est vraiment le terme approprié pour qualifier cet entretien. J’ai appris plein de choses.

Pour info, le dernier lien vers le blog d’Antonin ne fonctionne pas. Il y a un -h de trop dans l’adresse.

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Jean

mai 8th, 2009 à 11:55

@ Florianne

Le lien est corrigé !

C’est en effet assez stimulant (je le connais, donc je savais en l’interviewant qu’il aurait des choses pertinentes à dire :) ), même si, à titre perso, je ne partage pas à 100 % son analyse, notamment sur Rue89 comme oasis de création multimédia… Sur la forme, je trouve des choses beaucoup plus inventives notamment du côté de la Télé Libre…

Allez, en cadeau tout frais sur Espritblog, un autre zoom sur la démarche d’une journaliste multimédia…

http://www.espritblog.com/index.php/2009/05/08/%c2%ab-bienvenue-aux-bains-douches-%c2%bb-une-petite-pepite-multimedia/

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NicolasJutzi

juin 10th, 2009 à 16:20

Tout à fait intéressant: http://bit.ly/Ozbo2

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