La boîte à idées du journaliste multimédia
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Un post de Jean
16 mar 2009
La crise aura marqué un mini-tournant dans la pratique du journalisme web. Les internautes attentifs auront vu fleurir ici des cartes participatives (chez Rue89), là des diaporamas multimédia (chez Médiapart). Certains sites d’info ont essayé de nouvelles choses pour raconter autrement cette actualité complexe. Ce n’est pas encore le grand vent de la révolution du journalisme, mais un petit souffle d’air frais bien agréable…
C’est dans cette veine que Le Monde.fr a mené discrètement – trop ? – une intéressante expérience de web-reportage en janvier et février dernier. Deux journalistes du Monde.fr, Claire Ané et Aline Leclerc, ont arpenté pendant quatre semaines les routes de Normandie pour tenir un blog-reportage « Engrenages : ces Français pris dans la crise ». Leur objectif : prendre le pouls de la situation économique. Armés de leur micro, de leur appareil photo et de leur savoir-faire, elle ont raconté l’angoisse des Français, les licenciements et la baisse du niveau de vie au travers une galerie de portraits pleins d’humanité.
Quatre semaines : c’est long, très long dans le journalisme. C’est carrément une éternité dans la presse en ligne. Une raison de s’en réjouir. Car, malgré un rythme de travail dense (voir l’interview), ces deux journalistes ont su prendre leur temps. Espritblog les a interviewées, heureux de voir des professionnels de sa génération tenter de combiner innovation et ambition éditoriales.
►Espritblog.com : comment est né ce projet de blog-reportage ?
Claire Ané et Aline Leclerc : Nous cherchions une façon d’aborder la crise de façon plus concrète qu’au travers les cartes de France des plans sociaux ou par les statistiques, qui ont commencé à remplir Le Monde.fr cet automne. Nous avons choisi Rouen, ville moyenne, et ses alentours, parce qu’on n’en parlait pas beaucoup. Or, à Grand-Quevilly, deux entreprises venaient d’annoncer leur fermeture. A Cléon, une grosse usine Renault connaissait de plus en plus de chômage partiel et de nombreux sous-traitants de l’automobile souffraient tout particulièrement de la crise. Au pôle de compétitivité sur l’automobile de St-Etienne du Rouvray, nous pouvions évoquer les perspectives d’avenir de ce secteur…
Nous nous sommes « répartis » les lieux, et avons planifié à l’avance quelques rendez-vous, tout en prévoyant de garder du temps pour des rencontres sur place : Grand-Quevilly la première semaine, Cléon la deuxième, puis le technopôle à St-Etienne du Rouvray, et enfin Rouen. Nous nous passions le relais entre chaque semaine. Sur place, c’était 12 à 15 heures de travail par jour entre les rencontres, l’écriture et la mise en page tard dans la nuit à l’hôtel.

►Quel type de matériel avez-vous utilisé ? Avez-vous travaillé comme pour un reportage classique ?
Claire Ané : Nous disposions d’un ordinateur portable équipé du Wi-Fi, d’un appareil photo reflex numérique et d’un enregistreur audio « Edirol ». Après, c’était comme pour n’importe quel reportage, sauf qu’il fallait à la fois prendre des notes, du son, des photos. Tout cela prend du temps,et nécessite ensuite de monter, écrire, recadrer les images et d’arbitrer entre ce qu’on écrit et ce qu’on donne à entendre. Le tout au plus vite…
Aline Leclerc : Par contre, alors que lorsque je fais de la radio, il faut toujours que je fasse décrire aux gens le lieu où nous sommes. Là, la photo me permettait de donner à voir les lieux sans que j’aie besoin de les faire « entendre ».
►Est-ce que beaucoup de commentaires vous ont permis de faire remonter l’information du terrain ?
La plupart des commentaires donnaient un avis sur la qualité du post ou la situation décrite. Mais on a aussi eu, et c’était très intéressant, des internautes – rarement dans la même région – qui racontaient leur propre expérience en lien avec celle racontée. Cependant, un sous-traitant d’une des entreprises de Grand-Quevilly qui fermait, Rexel, avait laissé un bref commentaire, qui nous a donné envie d’en savoir plus. Nous l’avons donc contacté et son témoignage a fait l’objet d’un post sur le blog.
►Le support blog a-t-il changé votre écriture ? Dans votre blog, vous usez souvent de la première personne…
Ce n’est évidemment pas un hasard. Le choix d’un blog plutôt que d’une série d’articles permettait justement ce type d’écriture, plus proche à la fois de l’interlocuteur et sans doute à la restitution, du lecteur. Il était question de faire du journalisme de « sensation ». Attention, pas du sensationnalisme, cela n’a rien à voir. Mais l’objectif de départ était bien de rendre les choses plus humaines, plus palpables, plus incarnées : faire comprendre combien la crise touche les Français. L’utilisation du « je » fait partie de cette façon d’être plus personnel, plus impliqué. Donc oui, le blog a vraiment influencé notre écriture.

►(Question plus particulièrement à Aline Leclerc, journaliste indépendante notamment pour RFI). Est-ce que le fait de piger pour des supports différents permet sur le terrain d’être plus polyvalente dans une approche multimédia ?
Aline Leclerc : Comme je fais beaucoup de reportages pour la radio, j’ai évidemment une certaine aisance avec le fait d’enregistrer les gens et de restituer leur témoignage sous forme audio. Je n’avais cependant pas du tout cette facilité avec la photo ! Alors qu’il était facile pour moi de faire accepter mon micro sous leur nez, convaincre les gens de poser était moins évident… Mais j’ai beaucoup apprécié justement cette façon d’essayer d’employer chaque fois le média le plus approprié pour faire état d’une réalité. Ainsi je ne gardais en « son » que les moments qui me semblaient les plus « parlants » c’est le cas de le dire : une façon de dire les choses, une intonation, une expression qui en disait long sur ce que ressentaient les gens et qui n’aurait pas été aussi forte restituée sous forme écrite. Sans le ton, ou si l’on laisse à l’écrit les fautes de français, l’effet n’est pas le même. D’un autre côté, j’adorais pouvoir décrire des petites choses, des petits détails saisis ici ou là, périphériques à l’entretien, que je n’aurais jamais pu raconter en radio. Je ne sais pas si l’on peut dire que cela me rend plus « polyvalente », car je vous l’ai dit, je ne touche pas à tous les médias. Mais peut-être que d’avoir déjà deux cordes à mon arc (l’écriture et l’audio) m’a permis d’être plus à l’aise, plus tranquille par rapport au son dont le montage demande beaucoup de temps. C’est peut-être pour ça qu’il y en avait plus dans mes posts au départ que dans ceux de Claire.
Claire Ané : Nous faisons aussi pas mal de sons sur Le Monde.fr, mais moins qu’Aline en radio, c’est certain ! Lors de la première semaine, je me suis beaucoup attachée au parcours de mes interlocuteurs, plus rapide à évoquer en mots qu’en sons, pour ne donner à entendre que des extraits particulièrement forts. A Rouen, avec les clients de Lidl ou les maraîchers, c’était davantage des instantanés, j’ai alors privilégié le son.
►Vous concluez votre web-reportage par ces mots : « Un chef d’entreprise suggérait en souriant de le rappeler dans un an. Nous allons le prendre au mot, ou presque. En revenant sur nos pas, revoir ceux qui ont accepté de nous confier leurs inquiétudes et leurs espoirs en ce début 2009. Probablement à l’automne ». Est-ce un moyen d’assurer le suivi de ce web-reportage ?
C’est surtout un moyen de donner plus de sens et de profondeur à notre travail, de ne pas juste donner un aperçu, à un moment et dans un lieu donné, pour ensuite aller ailleurs. Les personnes rencontrées nous disaient qu’on n’était qu’au début de la crise, certains craignaient de ne pas retrouver du travail, d’autres se disaient à l’abri. Qu’en sera-t-il dans quelques mois ? C’est important de pouvoir les retrouver, de suivre la crise à leur échelle.
►Au final, est-ce que cette expérience a changé votre façon de percevoir votre travail de journaliste. Avez-vous des regrets dans la manière dont vous avez mené ce reportage ?
Aline Leclerc : Je ne dirais pas que ça a « changé » ma façon de faire. Mais ça m’a beaucoup fait réfléchir sur mon métier. Car je me suis beaucoup interrogée sur mon positionnement, mon implication personnelle plus grande dans l’écriture, et par ailleurs sur mon manque de recul certaines fois : est-ce que j’en faisais trop ? Est-ce que j’étais trop présente ? Est-ce que je restais objective ? Contre toute attente, je n’ai lu ni reçu aucun commentaires critiquant ce style d’écriture. Bien au contraire. Je me rappelle de plusieurs commentaires, où des internautes disaient apprécier notre travail justement parce qu’il était plus personnel, plus impliqué, moins froid, moins distant que les articles habituels. C’est également le retour que m’ont fait des collègues journalistes : « Finalement ça fonctionne bien, et ça change de l’approche pseudo-objective habituelle». Quand aux regrets… Je regrette de n’avoir pas pu en dire plus !! Pour la prochaine fois, j’aimerais surtout être mieux organisée pour ne pas faire des journées aussi longues. Ce n’est pas tant une question de confort que de qualité du travail : pas facile de vérifier une info quand vous finissez d’écrire à 3 heures du matin… C’est vraiment quelque chose qui m’a posé problème sur place. Il y a ensuite des pistes qui n’ont pas débouché, alors qu’elles me semblaient vraiment intéressantes : j’aurais voulu pouvoir voir comment fonctionnait une cellule de reclassement dans une grande entreprise comme Johnson Controls. Mais je n’ai pas eu le temps…
Claire Ané : J’ai les mêmes regrets qu’Aline sur le temps qui manquait. Je me suis aussi interrogée sur la bonne distance. On est autonome, on passe beaucoup de temps avec certains, on écrit à chaud, à la première personne, des choses pas si fréquentes dans l’exercice quotidien de notre profession, qui pourraient conduire à évoquer ce qu’on a ressenti. Mais dans quelle mesure, au risque d’être anecdotique, ou de faire écran par rapport au lecteur ? Il me semblait parfois préférable de m’effacer, pour donner toute sa place à la parole de l’autre.
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5 Commentaires pour Web-reportage signé le Monde.fr : « un journalisme de sensation »
palpitt
mars 17th, 2009 à 1:19
A lire : Web-reportage signé le Monde.fr : “un journalisme de sensation” http://tinyurl.com/cdlsr5
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EricMainville
mars 17th, 2009 à 11:17
Web-reportage signé le Monde.fr : “un journalisme de sensation” http://tinyurl.com/cdlsr5
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mediarwin
mars 17th, 2009 à 11:32
Web-reportage social signé le Monde.fr : “un journalisme de sensation”. http://tinyurl.com/cdlsr5 (via @EricMainville)
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Webreportage
mars 17th, 2009 à 13:14
Web-reportage signé le Monde.fr : “un journalisme de sensation”
http://tinyurl.com/cdlsr5
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tom_lexpress
mars 19th, 2009 à 9:56
Blog et crise: retour d’expérience : http://tinyurl.com/cdlsr5
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