Sarkozypoigneedemains
LoĂŻc
Lemeur a un point commun avec Nicolas Sarkozy : il bouge et aime faire
parler de lui. Rien de surprenant dès lors que le premier rencontre le
second pour un beau coup de marketing et de communication politique : le premier vidéo podcast de Nicolas Sarkozy.

Soigneusement mis en scène par Loïc Lemeur, l’événement ne manquera
pas d’agiter la blogosphère. Complaisante, « l’interview » commence par
un petit cadeau de Loïc à Nicolas : « Comme vous m’offrez cet entretien, je me suis permis de vous amener mon livre (plus un i-pod, ndlr) sur les blogs ».
Après ce geste jugé comme sympa par le ministre de l’Intérieur,
commence une conversation où le Tu est de rigueur. Côté cool de la
blogosphère …
« Journalisme de salon »
Lucide, Nicolas Sarkozy sait en tout cas pourquoi il a dit oui. Avec 25
millions d’internautes en France (dont 80 % de haut-débit), pas
question de se priver du nouveau mĂ©dia : « Pour  L’UMP comme pour le  ministère de l’IntĂ©rieur on investit beaucoup sur l’Internet » (Aucune
relance, sur la confusion des genres). Un peu tard, Nicolas Sarkozy
revient sur l’utilisation par son parti d’Internet qui lui a permis de
recruter des adhérents « 16 500 cette année ».

Le tout est ponctuĂ© d’une Sarkozienne : « Pourquoi moi je n’irais pas dĂ©fendre mes idĂ©es sur le mĂ©dia de demain ? Je veux dĂ©fendre mes idĂ©es oĂą sont les gens ». On attend une intervention de l’intervieweur sur les plaintes pour spamming dĂ©posĂ©es par des particuliers suite au mailing de l’UMP, il y a quelque mois. Rien. Rien, non plus sur  l’utilisation des Google AdWords,
lors de la crise des banlieues. Nous sommes face Ă  un journalisme de
salon qui laisse la part belle au ministre. Ce dernier en profite pour
enchaîner les grands classiques : « Tout ce que j’ai, je l’ai construit par mon travail » ; « Moi quand je parle, j’essaye d’être compris » ; sur les banlieues « il n’est pas facile de vivre avec la peur au ventre » ; sur le terme racaille, « la langue française est riche pourquoi je ne pourrais pas utiliser cette richesse ».
Pour l’anecdote, je me souviens de ce jeune
qui a utilisé la richesse de la langue (NTM) pour apostropher un jour
le ministre Nicolas Sarkozy. Il a été condamné à un mois de prison !
« Ta candidature sur un blog ? »
Mais Loïc Lemeur n’est visiblement pas là pour poser des questions de
fond. Et, c’est tout naturellement, qu’est évoquée la future
candidature à la présidentielle du ministre. Innocence ou sens aigu du
marketing, Loïc Lemeur lance une idée au chef de file l’UMP :

- Est-ce que tu annonceras ta candidature par blog ?
- Tiens, c’est une bonne idĂ©e. Je peux t’appeler ?  ( …)
- Mon blog t’est ouvert Nicolas en cas d’annonce.
- C’est une sacrée bonne idée, je vais y penser. (…)
- On en reparle allez, fin 2006.

Tout émoustillé, Loïc Lemeur tente d’en savoir plus sur les idées que « l’homme d’action » défendra en 2006, notamment pour « l’entrepreneur ». Nouvelle sarkozienne : « Je veux que tous ceux qui se donnent du mal aient la récompense du travail qu’ils font ». L’entretien
se termine par la visite du bureau où le ministre travaille très tard
dans la nuit. La boucle est bouclée. Le support mériterait d’être
utilisé dans la future campagne de l’UMP. Question : l’entrepreneur
LoĂŻc Lemeur sera t-il le conseiller du futur candidat blogger Sarkozy ?
La complicité est déjà là et le ministre « n’oublie pas l’invitation »
«Sarko, version  pro »
Hasard du calendrier, LibĂ©ration sort Ă©galement aujourd’hui Une interview  de Nicolas Sarkozy, rĂ©alisĂ©e sans complaisance. Cette sortie est Ă©voquĂ©e de manière assez surprenante (enfin Pointblog et LM ont l’habitude de se renvoyer l’ascenseur) par Pointblog.com : «
Ce vendredi matin pour les médias traditionnels, l’événement c’est
l’interview musclée et sans concession de Nicolas Sarkozy qui paraît
dans Libération face à trois journalistes agressifs auxquels il répond
du tac au tac, mais ce n’est qu’une interview de plus.»

Personnellement, je n’estime pas que c’est une interview de plus,
car pour la première fois depuis que Sarkozy occupe l’espace
médiatique, des journalistes ont osé lui poser de vraies questions.

Résultat, il en ressort une image moins policée et plus radicale du candidat ministre.

« (Aux journalistes de Libé le poussant dans ses retranchements)
Votre comportement est un comportement d’ayatollah. Je parle de cette
pensée unique qui conduit un certain nombre de gens à l’exaspération.
Mais le débat, ce n’est pas cela. Vous, vous pouvez vous complaire dans
des alliances avec le Parti communiste, avec l’extrême gauche, donner
la parole à tous les extrémistes de la création. Ça, c’est bien,
puisque c’est la pensée unique ! On ne peut plus rien dire dans notre
pays sans qu’immédiatement on soit accusé d’arrière-pensées
nauséabondes ! C’est la pensée unique qui est intolérable. Et je pense
que c’est vous qui êtes coupés des réalités et de l’aspiration des
gens. En interdisant aux républicains de parler librement, vous faites
en vérité le lit du Front national. »

« Bons pour la République »Une volonté farouche d’aller à la pêche des électeurs d’extrême droite : «
Car qui sont les électeurs du FN ? Il y a sans doute une petite partie
d’authentiques fascistes ou racistes, mais l’immense majorité, ce sont
des gens qui poussent un cri d’appel au secours. Ils ont peur, ils se
sentent abandonnés. Parce que nous, journalistes et politiques, nous
leur donnons le sentiment de ne pas parler pour eux. Le fait que je
sois entendu de tous ces gens devrait plutôt vous réjouir. On n’a pas
le droit de considérer que les 20 % de gens qui ont voté pour Le Pen
sont à tout jamais perdus pour la République ».

Le meilleur est pour la fin, surtout de la part d’un Monsieur qui déclare ne jamais faire d’amalgame :
« Monsieur Thuram, ça fait bien longtemps qu’il n’a pas été dans
les banlieues. Il vit en Italie, avec un salaire qui le regarde.
Permettez-moi de vous dire que je considère que je connais un peu mieux
ce qui se passe dans les banlieues françaises que Lilian Thuram, qui a
certainement une vision nostalgique de ce qui se passait dans les
banlieues à l’époque où il s’y trouvait ».

La mise en parallèle, de l’interview de salon réalisée par Loïc
Lemeur et de celle des professionnels de Libération est intéressante.
Elle permet de mieux cerner la personnalité ambivalente de Nicolas
Sarkozy. Ce dernier oscille entre décontraction et rigidité extrême à
la moindre remise en cause. Elle nous éclaire aussi sur son aptitude à
construire et Ă  faire reposer son action politique sur des sondages,
des notes de RG, bref sur des images à l’instant T de notre société
qu’il interprète comme étant le reflet de la vraie France. Une France
qu’il habille par là-même aux couleurs de son ambition dévorante à
grand renfort d’un imaginaire “parler vrai”.

La France des internautes, en tout cas, peut s’attendre à voir la
blogosphère devenir en 2006 un vaste champ de bataille entre la droite
et la gauche. A ce petit jeu, l’UMP a une longueur d’avance comme
l’illustre le “coup” de Loïc Lemeur.


   

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